[…] the stark beauty of Jean Lauzon […]

Jennifer Wilson, Toronto, 2017.

 

STATE-OF-THE-ART, ces photos, comme toutes les images antérieures, d'ailleurs.

Je pense que votre crédibilité de théoricien est multipliée par mille, dès l'instant où vous nous rappelez que, vous aussi, vous chaussez parfois les patins pour évoluer avec une maîtrise consommée sur la patinoire de prédilection des ligues majeures.

 David Thorne-Alexander, 2009.

Lisbonne, Portugal, 1995.

Jean Lauzon is a photograph having an exceptional vision of time and place, of lighting and subject. The work of Jean Lauzon can easily be compared to such inescapable references such as ‘Le baiser de l’hôtel de Ville’ by Robert Doisneau. The reason is simple, for his photography is documentary in its essence. As with a documentary film it has a plot line to tell. The plot line is suggested to the viewer by the photograph that the viewer beholds, however the actual plot line is invariably infinite due the multiple interpretations that each viewer may begin to develop in his or her mind stemming from his personal experience of life. A photograph captured by Jean Lauzon is therefore a documentary film as resumed in the selection of the most essential view frame of the thousands that actually compose such a documentary film and of which the preceding and successive frames are created by the viewer in his mind. How extraordinary can an image be when it is of this nature ? Of the most extraordinary nature indeed, and therein lies the most special quality of the photographs created by Jean Lauzon.
Gary Conrath, 2014.

DE TOUTES LES FORMES de pratique artistique, celle de la photographie est la plus démocratique qui soit. Sans équivalent, sa singulière appropriation collective comme outil de documentation ou activité de loisir en a fait le plus souvent oublier son usage comme mode d’expression individuel, révélateur de talents hors normes, représentatifs de l’époque et du lieu qu’ils ont habité.

À cet égard, la constance et la rectitude d’une démarche comme celle de Jean Lauzon fait figure d’exemple. Arrivée à la photographie il y a près de quarante ans, celle-ci demeure encore aujourd’hui au centre d’un parcours nourri par les lettres, les communications, l’histoire de l’art et la sémiologie. Il est à la fois observateur et intervenant d’une remarquable longévité au sein du milieu culturel drummondvillois, auquel il a apporté une contribution très significative tant par des articles de presse que des publications, des expositions, un enseignement, un musée. 

Récurrente tout au long de son cheminement, la photographie qu’il pratique révèle tout autant des affinités qu’une attitude. On y dénote un intérêt envers l’architecture et la représentation humaine que ce soit par le portrait ou la mise en situation. Ses points de vue sont souvent inhabituels. Ils usent notamment de perspectives plongeantes ou lointaines, souvent  dynamisées par des diagonales très prononcées. On y retrouve régulièrement des oppositions, que ce soit par un savant dosage de lumière et d’ombre, l’intégration du vivant et du non vivant, l’utilisation d’images en tandem, à la fois semblables mais divergentes. Lointainement connotées du genre documentaire social dont elles sont initialement issues, ses images en ont conservé une très grande humanité. Un humour raffiné s’y niche volontiers. Leur aspect énigmatique tient en partie de ce que leur action se situe hors cadre.    

Ses scènes montrent un univers simple et proxémique que seule la photographie peut rendre à cause de leur caractère fugace. Elles révèlent un attrait pour le dépaysement et une forme de beauté secrète des gens et des choses, celle que l’usure du quotidien n’aurait pas encore atteint. Son utilisation du noir et blanc qui constitue en soi une difficulté supplémentaire, contribue à leur donner un aspect sans âge qui les feront traverser le temps et les modes. Sa signature visuelle a sa place dans l’histoire de la photographie québécoise contemporaine où certaines de ses images font déjà figure de classiques.

Normand Blanchette, 2008.

 

PHOTOGRAPHE professionnel depuis le début des années 1970, théoricien et auteur de nombreuses publications, Jean Lauzon poursuit une démarche où se rencontrent la photographie documentaire et la construction contrôlée des espaces.

Dans ses dernières productions, l'artiste privilégie les plans obliques comme noyaux de sens, comme embrayeurs de relations déconcertantes qui s'installent dans le regard à chaque fois que l'équilibre des choses représentées risque de basculer.

Lauzon mise sur une situation paradoxale entre la stabilité du cliché qui suspend le mouvement et la force directionnelle des plans internes. Cette tension médium-contenu y est travaillée de diverses manières. Parfois, le cadrage même incline les motifs plutôt stables; ailleurs, la direction des espaces architecturaux sert de prétexte, les escaliers par exemple; dans d'autres cas, l'obliquité accidentelle d'un objet secondaire indexe la dynamique entre les horizontales et les verticales.

Partout, l'oblique a pour effet de toucher les fibres les plus sensibles et les plus fondamentales du corps. Celles qui obéissent aux lois de la gravité; celles par lesquelles nous évaluons tous les espaces qui nous entourent; celles qui, par extension, dirigent en sourdine le jugement esthétique dans le sens de bien être ou de mal être.

Parce que l'artiste saisit sur le vif des situations quotidiennes et qu'il cadre des sites familiers, la saveur documentaire de l'image rend l'obliquité des plans et des composants d'autant plus percutante et vitale. Comme si ces images avaient pour mission de pointer la dynamique spatiale des scènes et des choses les plus banales.

Les photographies de Lauzon pressentent et représentent ainsi le déplacement, le mouvement, l'énergie, en un mot: la vie même.

Nycole Paquin, 1997.

 

 

Jean Lauzon fait partie de ces rares photographes qui ont non seulement le sens du cadrage mais l’œil pictural. Sa science de la lumière me fait songer invariablement au grand opérateur cinématographique John Alton en ceci qu’il maîtrise parfaitement les ombres et les lumières dans un rapport de proportion exquis. La façon dont il photographie, par exemple, des colonnes, des escaliers ou des rues désertes, qui sont des êtres inertes, et la vie qu’il en dégage est une des choses les plus satisfaisantes pour l’âme qu’il me soit connu. Et les êtres vivants, eux aussi, ne sont pas en reste, ces enfants par exemple, dont il cueille le regard et la légère ironie, ou ces personnes qui indiquent du doigt un univers absent dont ils révèlent en quelque sorte l’existence à regret. 

 

Cette façon de regarder les choses, de les entreprendre suavement à l’intérieur d’un objectif correspond à une vraie philosophie de la réalité magnifiée, la seule véritable, à vrai dire. C’est parce que le photographe sait regarder sa ville d’adoption à travers une fenêtre ou des femmes sur le balcon qu’il devient capable d’observer un peu plus tard d’autres lieux avec discernement et parfois contemplation. Que ce soit Paris, Évora, Lausanne,          Lisbonne, New York, tout lui paraît soudainement opportun, dynamique, rêvé. Et même Montréal, cette ville énigmatique et fascinante, dont il peint l’obscurité illuminée par le brouillard. [...]

Benoît Patar, 2015.